Conférence de consensus

Le développement de l’aisance aquatique se situe au carrefour de questions d’éducation, de citoyenneté, de santé et de lutte contre les noyades accidentelles.

Pour cela, une conférence nationale de consensus consacrée à l’aisance aquatique d’enfants de 4, 5 et 6 ans a été organisée les 20, 21 et 22 janvier 2020 au CREPS de Reims.

Une démarche fondée sur la preuve, le débat et l’indépendance. Par souci d’indépendance de la démarche et des résultats, l’organisation de cette conférence est confiée à un comité d’organisation indépendant installé, et financée par le ministère des Sports.

Ce comité est composé de Véronique EloiRoux (IGÉSR), Sylviane Giampino (présidente du HCFEA), Alain Catteau (professeur agrégé STAPS en retraite), Thierry Maudet (IGÉSR) et Jean-Louis Gouju (conseiller auprès de la DGESIP), président du jury. Christophe Blanc, responsable de projet interministériel entre le ministère des Sports et le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, a reçu la mission de mettre en œuvre la conférence.

La démarche tient à la fois :

- de la conférence scientifique ;
- du débat démocratique ;
- du modèle judiciaire avec l’intervention d’un jury.
Celui-ci établit des recommandations de politique publique, de manière indépendante.


THÈME 1 : DÉFINITION DU CONCEPT D’AISANCE AQUATIQUE

  1. Quels éléments historiques, scientifiques ou institutionnels nous permettent de dégager une définition opérationnelle du concept d’aisance aquatique ?
  2. Comment situer ce concept vis-à-vis d’autres dispositifs tel que, par exemple, le savoir nager ?
  3. Aisance aquatique est-il le « bon » concept ?

L’aisance aquatique : un concept trop polyvalent ?
Thierry TERRET est délégué ministériel aux Jeux olympiques et paralympiques pour les ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.
Résumé
L’analyse des savoirs théoriques et des textes officiels relatifs à la natation depuis le XVIe siècle indique que « l’aisance aquatique » n’apparaît que très récemment en tant que concept. Lorsqu’il est présent, il est envisagé selon trois variantes en tant que disposition ou prérequis, en tant que ressource ou encore en tant que capital disponible. Dans le premier cas, l’aisance aquatique suppose de s’attacher au temps de familiarisation au milieu aquatique. Trois moments-clés ont été identifiés, l’un dans les années 30-40, le second dans les années 50, le troisième dans les années 70. Dans la seconde acceptation, l’aisance aquatique est définie à travers la construction des compétences du savoir nager. En ce cas, l’analyse historique des contenus et principales modalités d’enseignement a fait l’objet de quatre approches complémentaires relatives aux choix officiellement retenus par les institutions scolaires et fédérales, aux manuels et propositions pédagogiques qui caractérisent la production savante sur le savoir nager et aux activités d’enseignement effectives des enseignants. Toutes suggèrent finalement que l’aisance aquatique relève tantôt d’un savoir minimal et utilitaire, tantôt d’un savoir fondamental, tantôt de savoirs spécialisés. Dans la dernière acceptation, l’aisance aquatique traduit la capacité à transférer des ressources acquises dans n’importe quelle condition d’immersion. L’actuel plan Aisance aquatique, dans sa recherche « d’optimisation de l’apprentissage de la natation », dans le choix de l’âge des enfants concernés comme dans les références explicites, par exemple, au « test d’aisance aquatique », semble se positionner sur la seconde signification, sans régler pour autant les ambiguïtés sémantiques qui entourent le terme.


L’aisance aquatique : Un éclairage biomécanique de la facilité à agir dans le milieu aquatique
Michel SIDNEY, Maître de Conférences en charge de la filière Entraînement Sportif à la faculté des Sciences du Sport.
Résumé
Le but de cette contribution est de montrer les "obstacles" et les "facilités" biomécaniques auxquels sont confrontés les enfants de 4-6 ans désirant s’engager dans le milieu aquatique à moindre coût. Malgré un corps qui flotte bien et qui se maintient facilement à l’horizontale, l’enfant éprouve des difficultés supérieures à celles de l’adulte à émerger ses voies respiratoires. L’efficacité de ses déplacements dépendra d’apprentissages spécifiques.

L’aisance aquatique : la conquête d’un domaine caractérisé par son action perceptive où l’enfant peut évoluer en toute sécurité affective et objective.
Frédéric LEFEVRE, Directeur de l’Institut Coopératif de l’Apprentissage, de la Recherche et de l’Enseignement.
Résumé
Un organisme vivant présente toujours une structure organisée qu’il s’attache à préserver et à développer. Il ne réagit aux actions du milieu qu’en fonction de cette structure. La structure que le nageur débutant s’attache à préserver est la structure du terrien qu’il a obstinément consolidé depuis sa naissance. Une exacte interdépendance entre l’espace subjectif et l’espace disponible, où les choses sont rencontrées et sont perçues, est donc une condition sans laquelle il n’y aurait pas d’adaptation possible aux objets et aux buts de l’activité motrice. Henri Wallon nous indique que : « La peur tire ses origines, comme toute autre émotion, de réactions élémentaires, dont le point de départ est une sensibilité organique. » (Wallon, 1934)
Le champ lexical qui circonscrit « l’aisance aquatique » invite à penser qu’il s’agit d’un état à atteindre et non sémantiquement d’une compétence à viser. Ainsi, l’aise étant liée à l’espace disponible à proximité de quelqu’un, l’aisance aquatique peut se définir comme l’état d’une personne ayant par l’action découvert que son corps est flottant et que par choix, elle peut entrer dans le milieu aquatique proximal de différentes manières et à différents endroits, de s’y réorganiser, de s’y orienter et de s’en extraire commodément (sans gêne). Dans le cadre du plan aisance aquatique, et des caractéristiques du public visé dudit plan, il apparaît que l’aisance aquatique soit un prérequis à toute acquisition culturelle relative à la natation.

Le concept d’aisance aquatique comme une opportunité de repenser le savoir nager
Nathalie GAL-PETITFAUX, Maître de conférences-HDR, Université Clermont Auvergne, Laboratoire ACTE, EA 4281.
Yannick LEMONIE, Cnam, Maître de conférence, Cnam, CRTD, EA 4132.
Carole SEVE, Inspectrice Générale de l’Education du sport et de la Recherche.
Résumé
Cette contribution vise à appréhender le concept d’Aisance Aquatique (AA) dans le contexte de la prévention des accidents de noyade pour un public d’enfants de 4 à 6 ans. Dans une première partie, nous montrons que le plan Aisance Aquatique apporte une réponse traditionnelle et potentiellement réductrice à une démarche de prévention, au regard de l’évolution des modalités de pratiques aquatiques des jeunes enfants. Dans une seconde partie, nous cherchons à appréhender ce que recouvre le concept d’Aisance Aquatique en réalisant une analyse comparative des différents tests de natation sécuritaire (scolaires et fédéraux). Nous montrons que le concept d’Aisance Aquatique offre un élargissement à des dimensions expérientielles et émotionnelles propres à redéfinir les approches plus traditionnelles du savoir nager. Nous concluons sur la nécessité d’élargir les préventions des noyades à une analyse des « situations de débordements » auxquelles est exposé l’enfant en milieu naturel et standardisé, à une catégorisation d’expériences aquatiques à vivre pour que l’enfant acquiert les compétences aquatiques et non aquatiques nécessaires pour s’approprier ces différents milieux de pratique. In fine, nous défendrons une conception de l’AA non pas comme un pré-requis au savoir nager mais comme un indicateur de qualité d’apprentissage et de maîtrise du savoir nager, ce qui nous amènera à retenir ce concept d’AA comme une opportunité de repenser le savoir nager.

THÈME 2 : FINALITÉS DE L’AISANCE AQUATIQUE ET POLITIQUE PUBLIQUE

Pour quelles finalités peut-on mobiliser ce concept et avec quelles conséquences ?

L’EPS et le savoir nager à l’école maternelle, à école élémentaire et au collège
Jean-Pierre BARRUE, Inspecteur Général de l’Education du Sport et de la recherche, docteur en STAPS, ancien Maître-Nageur.
Résumé
Si la définition de la notion « d’aisance aquatique » est l’objet de production des experts du thème 1, il est nécessaire d’en approcher le sens. Elle sera appréhendée comme la capacité construite par l’élève apprenant à nager, à accepter volontairement et sans crainte apparente, tout déplacement en milieu aquatique protégé ; c’est-à-dire accepter l’immersion, la perte des repères de positionnement habituels et de son équilibre vertical, de son pouvoir de déplacement de terrien, afin d’accéder à un équilibre horizontal sur et subaquatique, au service d’une organisation motrice permettant une forme de déplacement sécuritaire de proximité. L’étude de la notion de politique publique sera faite en amont afin d’identifier l’existence d’une politique publique explicite en matière de savoir nager. La nécessité se fait jour de proposer :
-  une harmonisation des tests de savoir nager,
-  un accroissement de l’égalité d’accès à un savoir nager selon les territoires,
-  de réfléchir à l’harmonisation des mises en œuvre des politiques publiques décentralisées,
-  à propos du « savoir nager en EPS du premier degré », une articulation entre les compétences des professeurs des écoles et des maîtres-nageurs.
L’accès en milieu scolaire à une « aisance aquatique » gagnerait à se référer à des connaissances scientifiques actuelles, sans imposer une méthode unique, mais un modèle d’analyse de l’activité de l’élève, éclairant les voies d’apprentissage à adopter, dans le respect de la compétence de l’enseignant chargé des élèves de sa classe.

Les finalités de l’aisance aquatique et politique publique
Marie-France CHAUMEIL, Inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR).
Résumé
La thématique de l’« aisance aquatique » est un objet de politique publique à travers l’appréhension et la prise en considération de plusieurs enjeux et notamment de sécurité (lutte contre les noyades), de pratique physique (motricité générale, lutte contre la sédentarité, facteur de santé publique), de pratique sportive (construction du nageur et du pratiquant d’activités nautiques), de citoyenneté (rapport à l’autre, notion d’entraide et d’alerte pour sauver autrui). Il convient de souligner qu’il est difficile et serait inapproprié de chercher à apporter des éléments de réponse à la question des finalités de l’aisance aquatique sans la relier à celle de la définition de l’aisance aquatique, objet du thème 1.
L’aisance aquatique, récemment identifiée comme un « objet de la vie quotidienne » (OVQ), constitue une dimension importante et un élément significatif de la politique publique de lutte contre les noyades. La ministre des sports a fait de ce sujet un dossier très prioritaire de son action. Elle a notamment mis en œuvre une démarche globale, traduite depuis le mois d’avril 2019, dans « le plan Aisance Aquatique », qui porte, volontairement, un regard et un accent plus particuliers sur l’apprentissage précoce traduits et inscrits dans le dispositif dit des « classes bleues ». La mise en place des « classes bleues », concourant à la validation d’une « aisance aquatique », ne saurait, néanmoins, s’effectuer utilement en dehors de l’objectif de remplacement des différents tests et attestations actuels par une seule et même progression hiérarchisée et lisible. Enfin, La diminution des accidents par noyades sera d’autant plus marquée que la collaboration de l’ensemble des acteurs responsables sera soutenue et cohérente articulée (autour) et mise en œuvre à partir d’une forte volonté politique interministérielle.

"Nager-se sauver" : sociohistoire d’une domestication de l’eau - Focus sur les 4-6 ans
Fabien CAMPORELLI, Laboratoire CLERSE UMR 8019-CNRS, Université de Lille.
Résumé
Après avoir tenté de définir sémantiquement la notion d’aisance aquatique, cette contribution essaye de répondre à la question des finalités de l’aisance aquatique en trois points. Le premier se rapporte à la lutte anti-noyade par l’adoption d’un autre rapport à l’eau qui met en jeu la perception du risque. Le deuxième aspect s’intéresse à l’éducation (globale). Par l’identification en amont des causes de la noyade, une étude américaine montre que la capacité à savoir flotter au moins 10 secondes, à sauter en moyenne profondeur et se déplacer en autonomie sur 5 mètres constitueraient des habiletés « protectrices » de l’accident. Les curriculums de formation aquatique pourraient en conséquence en tenir compte pour imaginer des programmes de « water compétence » qui associeraient des habiletés motrices (entrée et sortie d’eau, déplacement en surface et en immersion, flottaison et surplace) à l’acquisition de connaissances sur les dangers du milieu et les conduites à tenir en cas d’accidents lors de baignades. Le troisième point évoque rapidement les caractéristiques du développement de l’enfant dont il faut tenir compte pour étudier le phénomène de la noyade chez les 4-6 ans et ainsi repenser les cursus de leur éducation aquatique, dans la continuité des politiques publiques (recensées) qui se sont montées depuis des décennies en France sur cette question, au cœur de partenariats entre la puissance publique et les principaux acteurs de la natation, soient les groupements professionnels, le mouvement sportif et les collectivités.


Du diagnostic territorial à la définition d’une politique publique internationale : l’action de la Fédération Italienne de Natation et le projet « Learn to Swim Prevent Drawning » de la LEN (Ligue Européenne de Natation)
Mauro ANTONINI, Directeur Technique National FSSI.
Résumé
L’analyse comparative concernant la stratégie italienne et en particulier de la FIN ainsi que le projet de lutte contre la noyade de la LEN montre tout l’intérêt de déployer une politique publique nationale française qui puisse s’intégrer à la politique européenne. L’étude italienne, principalement à caractère statistique, conforte la décision du ministère de Sports d’investir sur l’enseignement généralisé et précoce : il en résulte une évidente corrélation inverse entre le nombre d’individus pratiquant la natation et le taux de mortalité lié aux noyades. Le projet de la LEN souligne l’importance de proposer des standards européens parmi lesquels la création d’une certification savoir nager (European Blue Card) pour les 12 ans et plus. En France l’on peut également s’appuyer sur l’enseignement institutionnalisé de la natation et de l’aisance aquatique dans le cadre scolaire, une exception vertueuse par rapport à ce qui peut se faire ailleurs. Toutefois il pourrait être tout aussi vertueux de faire appel aux fédérations sportives qui sont déjà reconnues d’utilité publique et qui disposent d’un réseau d’enseignement et de formation conséquent. Celles-ci pourraient ainsi contribuer, en synergie avec les institutions, à réduire à sa dimension physiologique la noyade. L’initiative de madame la ministre des sports de donner un nouveau sens au concept d’aisance aquatique transforme cet outil en instrument de citoyenneté. La précédente acception de l’aisance aquatique qui autorisait l’utilisation de matériel de flottaison ne permettait pas de construire la véritable autonomie de l’enfant. Ce n’est qu’à partir de l’autonomie, être capable de se sauver et d’évoluer dans l’eau, que l’enfant pourra construire sa capacité à aider les autres, premier passage obligé de la construction de son identité d’homme et de citoyen.


THÈME 3 : CERTIFICATION DE L’AISANCE AQUATIQUE

Quelles(s) certification(s) sont susceptibles d’être lisibles, reconnues, délivrées en différents contextes ? Quelles certifications existantes ? Existe-t-il un consensus ? Des synthèses sont-elles souhaitables ?

Mathieu LACROIX, professeur de sport à la DRDJSCS Nouvelle Aquitaine, est chargé de la coordination de la filière de formation des Activités Aquatiques et de la Natation pour le Ministère des Sports.
Résumé
Tritons, dauphins, marsouins, dauphins, bouées, bonnets, brevet ou tests de natation de 25m, de 50m, sauv’nage, pass’sports de l’eau, pass’compétition, attestation d’aisance aquatique ou bien attestation scolaire du savoir nager ..., les attestations dans le domaine des activités aquatiques sont nombreuses. Après avoir listé anciennes et nouvelles certifications touchant à l’aisance aquatique (ou au savoir nager), nous verrons si celles-ci sont lisibles et reconnues par le grand public. Contrairement aux certifications délivrées dans certaines disciplines sportives (ski, judo, équitation …) il semblerait que les certifications relatives à l’aisance aquatique souffrent d’un manque de reconnaissance et de lisibilité. Nous aborderons donc la question de la certification de l’aisance aquatique dans cette contribution.


Sébastien BUISINE, Conseiller Emploi Formation au CNEA - PhD.
Résumé
La contribution pose la question de la certification de l’aisance aquatique à 4, 5 et 6 ans quant à sa définition claire et à son périmètre d’intervention en termes de formation et d’attestation.
Indépendamment du manque de lisibilité au niveau de ces attestations sur le terrain, l’auteur appuie sa réflexion sur l’impact d’une telle certification sur le périmètre de l’emploi sportif au sens large. Les secteurs professionnels proposés ici ne prétendent pas de définir un cadre exhaustif de l’impact d’une telle certification au sein des structures associatives ou non susceptibles d’être impliquées dans la certification de l’aisance aquatique.

Benoît LASNIER, directeur national de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (USEP).
Résumé
Le savoir nager est identifié aujourd’hui comme un savoir incontournable à acquérir si l’on en juge par sa présence dans les programmes de l’École de la République. Pour autant, il est délicat de considérer l’objectif comme atteint. Une mise en perspective des différents textes traitant de l’enseignement de la natation à l’école primaire indique que, bien que permanente, la place accordée au savoir nager est loin d’être continue et linéaire tout au long de la scolarité. Pourtant, du fait de son caractère obligatoire ainsi que de ses exigences programmatiques, le contexte scolaire nous parait particulièrement propice à la mise en œuvre d’un dispositif qui toucherait tous les enfants d’une classe d’âge sans distinction. Un premier enjeu réside donc dans une plus grande lisibilité de cette ambition dans les différents textes programmatiques sur lesquels s’appuient les enseignants pour organiser les apprentissages des élèves. Afin de transformer cet essai, il s’agira ensuite de proposer des indications plus précises sur un continuum de formation souhaitable ainsi que sur les étapes nécessaires pour atteindre l’objectif fixé. Ces éléments constitueront ainsi des appuis pour formaliser collectivement un volet relatif au « savoir nager » dans les projets d’école. Enfin, pour une mise en œuvre efficace, l’accompagnement et la formation des équipes pédagogiques par l’institution seront déterminants.

Vincent HAMELIN, responsable développement des pratiques à la FFN.
Agnès BERTHET, Directrice Technique Nationale Adjointe de la FFN.
Résumé
Une attestation AA, reconnaissant une pratique ayant permis à un enfant d’acquérir les premiers éléments de maîtrise indispensables à la construction d’un savoir nager, pourrait être délivrée par les personnes habilitées actuellement. L’AA devrait concerner à terme l’ensemble de la population et ainsi participer plus globalement à la prévention et à la lutte contre les noyades. Étant un préalable à la pratique d’une activité aquatique il est important de prévoir un enseignement AA précoce, conformément aux données scientifiques qui confirment que ceci est possible dès l’âge de 5/6 ans. La FFN, disposant d’une mission de service publique, met à disposition son institut national de formation (INFAN) ainsi que son réseau régional d’écoles de formation (ERFAN) et ses clubs. L’INFAN organise début 2020 une formation nationale de formateurs AA. Celle-ci s’appuie sur l’ingénierie de formation expérimentée lors de la première « classe bleue » organisée à Paris en avril 2019. Cette démarche reconnue met les enfants en situation de réussite et créée les conditions propices à leur évolution. La délivrance d’attestations AA d’une pratique adaptée, voire d’attestations de formation continue spécifique pour l’enseignant, prend sens par la qualité de l’enseignement et des formations dispensées. Une action efficace de lutte contre les noyades passe par l’imprégnation massive de la population à une culture de l’eau indissociable de l’aspect sécuritaire. Il est ainsi nécessaire que cet apprentissage soit pérennisé et élargi à toutes les tranches d’âges. La FFN mobilise son réseau fédéral pour déployer cette démarche sur la totalité du territoire français et auprès de tous les acteurs. Rassemblant toutes ses ressources, la FFN ambitionne de former dans toutes les piscines du territoire des enseignants de natation capables d’enseigner efficacement et rapidement les compétences associées à l’AA pour tous les enfants afin de les mettre à la fois à l’abri de la noyade et pour qu’ils deviennent toujours meilleurs nageurs1 . Ces enseignants pourront alors se tenir à disposition des écoles et permettre à tous les enfants de devenir nageur avant leur entrée en sixième.


THÈME 4 : CONTEXTES

(matériels et/ou institutionnels). Comment faire pour qu’il y ait beaucoup plus d’occasions, de lieux, d’institutions et d’acteurs concernés et engagés dans cet objectif de généralisation de l’aisance aquatique chez les jeunes enfants ?

Laurence COLLAS est inspectrice de la jeunesse et des sports, cheffe du service "Jeunesse, sport et vie associative" au sein de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale de l’Hérault.
Résumé
L‘aisance aquatique est aujourd’hui appréhendée de façon institutionnelle dans un cadre sécuritaire. Des tests existent afin de vérifier la capacité des enfants à se mouvoir en sécurité en milieu aquatique dès lors qu’ils doivent participer à certaines activités encadrées dites à risque. La construction de l’aisance aquatique pour les 4 à 6 ans est quant à elle moins institutionnalisée et repose essentiellement sur l’expérience personnelle de l’enfant et la volonté, voire la possibilité des parents de s’y engager en fonction notamment de leur capital culturel et économique. L’apprentissage de la nage dans le temps scolaire permet de toucher tous les enfants. Actuellement cela concerne prioritairement les enfants du cycle 2 âgés de plus de 6 ans. L’obligation d’instruction portée à l’âge de 3 ans depuis la loi n° 2019-791 du 28 juillet 2019 ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de l’aisance aquatique pour les plus petits. Hors temps scolaire, une offre existe pour ce public au sein des établissements aquatiques et des clubs mais tous n’y accèdent pas et tous les territoires n’en bénéficient pas. Les institutions sont actuellement confrontées à des difficultés organisationnelles liées au manque d’espaces et d’intervenants. Afin de généraliser l’aisance aquatique, un certain nombre de conditions de mise en œuvre ont été repérées dans ce travail sur les différents temps de l’enfant (scolaire, péri scolaire et extra scolaire), au regard des espaces existants ou à créer (aménagement des espaces naturels, bassins mobiles, offre d’activité adaptée…) et des modalités de construction et de certification de l’aisance aquatique (tests, qualification des intervenants...). Viser, dans ce contexte, un élargissement de l’offre à un public cible aux besoins très spécifiques (température de l’eau, effectif réduit, caractéristique de l’espace…) nécessite une volonté, une mise en cohérence et une complémentarité très forte des différents acteurs en responsabilité sur ces questions.

Axel LAMOTTE, fonction publique territoriale comme éducateur sportif.
Résumé
20 propositions pour répondre à la question « Comment faire pour qu’il y ait beaucoup plus d’occasions, de lieux, d’institutions et d’acteurs concernés et engagés dans cet objectif de généralisation de l’aisance aquatique chez les jeunes enfants ? »
Impliquer les parents dans l’apprentissage de nage :
1- Rassurer les parents = flyer de prévention. Journées Nationales de Prévention de la Noyade
2- Informer sur les possibilités d’apprendre à nager à tout âge
3- Eduquer les parents pour qu’ils se baignent toujours avec leurs enfants
4- Eduquer les parents au sauvetage de leurs enfants
Renforcer l’encadrement :
5- Remettre le MNS au centre de l’apprentissage à tous les âges
6- Former plus de MNS via les STAPS élargir l’UESSMA aux filières EM et APAS
7- Rééquilibrer les contenus de formation vers l’apprentissage et le sauvetage au détriment des activités aqua gym.
8- Cesser la dérèglementation qui rend les choses illisibles pour le public
Recherche de financement :
9- Chiffrer les coûts des noyades et reverser ces finances aux collectivités pour qu’elles embauchent des MNS
10- Bon CAF pour apprentissage de la nage
11- Conjuguer et quantifier les efforts d’économies d’énergie sur les piscines avec l’ensemble des acteurs et revaloriser les salaires des dits acteurs
12- Concevoir des bassins mobiles pour engager l’opération « la piscine va à l’école » en zone rurale avec mutualisation des coûts. (Voir rapport « pour une stratégie globale de lutte contre la noyade »)
13- En zone urbaine avoir des bassins mobiles dédiés aux maternelles
14- Conjuguer les déplacements à pieds vers la piscine avec des découvertes urbaines et environnementales
Amélioration des conditions matérielles de sécurité :
15- Préconiser partout « la nage avec le copain »
16- Installer des « sèches cheveux » sur les bords des bassins pour que les petits puissent se réchauffer entre les « bains »
17- Elargir l’enseignement du sauvetage et du secourisme aquatique
18- Embaucher des Maîtres-Nageurs à l’éducation Nationale
19- Former les enseignants sur la surveillance et la prévention des noyades
20- Associer l’éducation Nationale aux Journées Nationales de Prévention de la Noyade

Une approche architecturale de l’aisance aquatique en 10 points
Clément MANSION : Après 5 années dans des agences d’envergure nord-américaine, Clément Mansion rejoint l’agence Chabanne Architecte en 2004 et devient associé en 2007. Il co-dirige depuis l’équipe parisienne.
Résumé
L’aisance aquatique se traduit dans les murs par l’adaptabilité de l’équipement aux besoins des plus petits : une ergonomie des espaces pensée à la taille d’un enfant. Mais c’est aussi par la notion de bien-être que vient l’aisance aquatique. Elle est indispensable aux plus jeunes pour leur donner confiance et rendre attractif le contact avec l’eau. Cette notion de bien être embrasse tous les paramètres de l’architecture : le confort thermique, acoustique, visuel et la notion de sécurité et surtout de « se sentir en sécurité ». Au-delà de la « performance », d’avantage liée à la natation en compétition, l’aisance aquatique appel un environnement construit dans lequel on se sent bien. Dans cet objectif, il faut concevoir des espaces « à vivre », centrés sur l’homme - et l’enfant- ; éviter les « machines à enseigner la natation », à développer la performance, comme on est revenu des « machines à habiter » pour le logement ou des « machines à soigner » pour l’hôpital : les architectures fonctionnalistes ont trouvé leurs limites même si les meilleures d’entre elle incluaient sans le dire la notion de bien-être. La notion de bien-être et la notion d’adaptabilité peuvent d’ailleurs se rejoindre en plusieurs points et s’étendre à toutes les générations. L’apprentissage peut se tourner vers d’autres publiques que les enfants et le plaisir de l’eau mener vers une aisance aquatique transgénérationnelle.

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    Gilles PECOUT, historien, spécialiste de l’Italie, est recteur de la région académique d’Île-de-France, recteur de l’académie de Paris, chancelier des universités depuis le 14 septembre 2016.

Willy LEPRETRE, Directeur des Sports de la collectivité propriétaire de l’équipement aquatique.
Résumé
L’acquisition à grande échelle du savoir nager sécuritaire auprès des enfants âgés de 4 à 6 ans, conçu comme le premier pallier de l’aisance aquatique, doit indéniablement s’appuyer sur le cycle de natation scolaire inscrit au programme EPS de l’éducation nationale. Il s’agit effectivement du meilleur vecteur de diffusion de cet enseignement essentiel pour mettre en sécurité les jeunes enfants exposés au risque de noyade. Il est toutefois évident que les modalités actuelles régies par la circulaire 2017- 010 doivent être modifiées dans l’intérêt du développement de l’aisance aquatique. Le public visé, les taux et la qualification du personnel chargé de l’encadrement, la programmation, les conditions matérielles doivent être repensés avec le souci de rechercher le meilleur ratio d’utilisation des créneaux piscine susceptibles d’être alloués par l’exploitant d’un lieu de baignade. Dans la mesure où l’éducation nationale dans ce champ d’activité est certes garante de l’enseignement dispensé aux élèves mais en aucun cas des conditions matérielles qui en dépendent, il convient d’être attentif aux moyens exigés pour faciliter l’enseignement de l’aisance aquatique. A défaut, la tendance actuelle de retrait des communes de leur rôle historique de propriétaire et de gestionnaire de la majorité des piscines dans un contexte budgétaire contraint risque de s’accentuer. Dans le cas contraire, le nombre d’espace d’évolution requis pour l’enseignement de capacité aquatique, déjà insuffisant, va se réduire compromettant l’objectif visé. Pour élargir la surface de plan d’eau, notamment dans les endroits sinistrés, où les communes n’ont pas les ressources humaines et financières pour initier un projet de cette envergure, il est nécessaire aujourd’hui de concevoir un nouveau schéma de conception et de gestion de piscine reposant sur un partenariat privé-public aux intérêts convergents. Dans cette perspective, la FNMNS révèle les contours d’un projet pour la réussite duquel il parait indispensable de changer à la fois les mentalités et les pratiques des partenaires institutionnels.

Aurélie LATREILLE, est professeure de sport affectée à la DDCS69.
Résumé
Répondre à la question de la généralisation de l’aisance aquatique consiste tout d’abord à mettre les acteurs autour de la table, pour mener collectivement le projet de lutte contre les noyades. Ce travail nécessite de s’accorder sur un ensemble de valeurs partagées et désintéressées, permettant à tous de travailler dans la même direction. Ainsi, il sera possible de trouver des orientations communes aux questions de formations professionnelles des enseignants et éducateurs, à la définition commune d’une aisance aquatique ou d’un savoir nager, à la définition des besoins à satisfaire et des compétences à valider, etc.
L’élaboration d’un parcours de l’apprenant, basé sur ses besoins en matière d’apprentissage, doit permettre aux acteurs, de proposer une offre de service complémentaire à l’Éducation nationale et adaptée aux contraintes de chaque territoire (Etablissement Public de Coopération Intercommunale, EPCI). La mise en place d’un outil de suivi individuel de l’élève sur l’ensemble de sa scolarité est primordiale pour disposer d’un suivi longitudinal.
Malgré un affichage institutionnel fort, les moyens dédiés par les services de l’État restent insuffisants pour permettre aux collectivités locales, acteurs majeurs du système, de financer à la fois des projets d’équipements et de fonctionnement sur leurs territoires. Par ailleurs, le cadre réglementaire freine la mise en œuvre de solutions palliatives.

Une proposition d’expérimentation de l’aisance aquatique dans le milieu scolaire
Elodie LABACHE, ancienne nageuse de haut niveau, elle a été rapidement investie dans l’apprentissage de la natation chez les jeunes enfants de son club. Parallèlement elle est engagée dans un cursus pour l’obtention du certificat d’aptitude aux fonctions de maître formateur.
Résumé
La présente contribution émane d’un professeur des écoles confronté à l’apprentissage de l’Aisance Aquatique (AA) à l’école élémentaire. Le premier constat met en évidence le fait que l’AA ne relève pas du domaine principal des objectifs de l’école. Cette absence de référence explicite dans les instructions officielles de l’Education Nationale pose la question de la définition et de l’harmonisation de la notion d’AA. Cette capacité à être à l’aise dans l’eau passe par l’acquisition du « corps flottant » : il peut être défini comme l’aptitude à laisser passivement l’eau agir sur le corps et pouvoir lui faire choisir, en fonction de la forme donnée, l’orientation souhaitée. La solution préconisée pourrait être mise en œuvre à Ferney-Voltaire (Ain) dès cette année. Elle consiste à mettre en place un dispositif de « classes bleues » à l’intention des enfants de 4 à 6 ans sur le temps scolaire en prenant en compte les écueils rencontrés habituellement dans la construction et l’exécution d’une séquence d’enseignement. Ces « classes bleues » intégreraient, dans le même temps, une formation d’instructeurs à destination des intervenants de différentes institutions (professeurs des écoles, conseillers pédagogiques, maîtres-nageurs, éducateurs du milieu associatif...). Le cahier des charges proposé vise deux objectifs : faire acquérir aux élèves les compétences de l’AA grâce à une démarche structurée en massant les apprentissages en deux fois par jour sur une semaine ; créer une culture commune à tous les acteurs impliqués dans la construction de l’AA. En conclusion, un consensus autour de l’AA permettrait de multiplier les opportunités pour l’enfant d’acquérir les compétences requises dans le cadre scolaire du cycle 2 complété si nécessaire (à l’instar de ce qui est pratiqué en français ou mathématiques) par des stages gratuits type dispositif « j’apprends à nager ».

Bertrand BROCHOT, responsable de la piscine des Glacis (Douai 59).
Michael DOZIERE, adjoint au maire de Douai. Délégation : Sport et Santé.
Résumé
Le projet "Au fil de l’eau" porté par la ville de Douai et ses piscines est une métaphore qui s’inspire du parcours de l’eau et de l’histoire de la Ville. C’est une expérience concrète pour laquelle la Ville de Douai a remporté le prix des collectivités. Un prix décerné par l’Agence pour l’Éducation par le Sport qui récompense les initiatives mises en œuvre depuis plusieurs années autour de l’animation des piscines et de la collaboration entre les acteurs. L’idée directrice : "décloisonner" l’environnement afin d’offrir un maillage dense et transversal d’activités aquatiques, permettant notamment de favoriser l’aisance aquatique, susciter et développer la pratique sportive, la vie sociale et la participation des habitants dans les piscines. Déroulement de l’action : les "passerelles" se traduisent par une organisation du service, des actions en direction des personnels, des conventions permettant de sceller les partenariats, un plan d’occupation du bassin en lien avec la philosophie du projet, un projet éducatif qui traduit les objectifs et les moyens généraux en une organisation concrète et opérationnelle.

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    Caroline CURVELIER, professeure d’EPS et conseillère pédagogique Départementale du Val d’Oise en EPS.
    Patrick CARDOT, directeur du centre aquatique intercommunal de Roissy Pays De France à Sarcelles.
    Résumé
    Nous avons été questionnés sur la thématique des contextes matériels et institutionnels de déploiement de l’aisance aquatique. En nous appuyant sur des postulats d’organisation et les déterminants de la construction de l’aisance aquatique, nous avons avancés des positionnements de réponses quant au rôle et à la place de l’école dans cette acquisition et sur les formes de sa généralisation. Après des constats liés à l’état du parc des piscines en France, des chiffres liés à l’enquête sur les noyades des 0-5 ans, il est entrevu les possibilités d’actions sur le temps de l’enfant et en quoi l’action scolaire peut toucher le plus grand nombre d’enfants et de familles de par l’abaissement de la scolarité obligatoire dès trois ans. Les programmes de maternelle en vigueur visent le développement de compétences en adéquation avec l’acquisition de l’aisance aquatique pour la tranche d’âge des 4 à 6 ans. Cette construction serait la première étape favorisant l’acquisition ultérieure du savoir nager. Cependant, même si l’école permettrait la généralisation au plus grand nombre, elle n’a pas l’exclusivité de développement de l’aisance aquatique, d’autres organismes et institutions peuvent y prétendre. La famille est la première structure pouvant permettre à l’enfant d’acquérir l’aisance aquatique mais aussi la plus incertaine et inégalitaire en termes qualitatif et quantitatif. Les temps de l’enfant sont multiples au travers du temps familial, scolaire, périscolaire et extrascolaire. Il convient donc d’établir des collaborations des différentes instances afin de mutualiser les moyens d’un maillage territorial pour répondre de façon la plus efficace possible à cet objectif national de lutte contre les noyades, en particulier chez le jeune public. Cette collaboration nécessite d’établir des conditions de mise en œuvres de communication, de concertation, de moyens, de coordination, et de formation. Les conditions « Eau profonde » et « capacité d’aménagement du milieu » sont interrogées quant à leur nécessité et les impacts matériels et financiers qu’elles pourraient engendrer sur les mises en œuvre de développement de l’aisance aquatique. Les démarches employées verront l’obstacle réel se nuancer en fonction des partis-pris. Un focus sur la notion de temporalité est également abordé en lien avec les conditions de mises en œuvre. Les différents systèmes d’intervention nécessitent une articulation basée sur une coordination des singularités vers un objectif commun. La notion de suivi dans le parcours de l’enfant, de mise en place de dispositifs, d’une validation à partir de critères de réussite communs à l’ensemble des systèmes sont mis en évidence. La sensibilisation des familles passe par de multiples supports, mais les effets sont peu quantifiables. Engager les familles à participer à des actions concrètes proposées par un maillage territorial fort, pourrait impulser une volonté dynamique de lutte contre les noyades chez les jeunes enfants mais également sensibiliser à la thématique à tous les âges de la vie. En ce sens, les expérimentations « Classes Bleues » sont un levier. Des propositions avant l’âge de 3 ans sont également abordées.


THÈME 5 : COMPÉTENCE(S) À L’ENCADREMENT DE L’AISANCE AQUATIQUE

Comment créer les conditions pour que beaucoup plus d’acteurs soient compétents pour encadrer le développement de l’aisance aquatique chez les jeunes enfants ?

André CANVEL, inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR).
Résumé

En inscrivant l’aisance aquatique parmi les Objets de la Vie Quotidienne (OVQ) le Gouvernement veut donner de la lisibilité à ses réformes en ayant un effet concret sur la vie des français. Cette décision engage donc la puissance publique sur une dimension performative et un pilotage par les résultats. Même si nous ne disposons de repères sur une notion dont les contours ne sont pas stabilisés, il reste que le constat sur le terrain démontre qu’une frange non négligeable d’enfants (en milieu rural et en éducation prioritaire particulièrement) ont un accès limité aux infrastructures ou ne jouissent pas d’un encadrement suffisant pour développer les compétences nécessaires du savoir nager. Laissant de côté la question de l’accessibilité, et du coût (même si ces deux aspects sont très loin d’être négligeables dans l’analyse) nous centrerons nos recommandations autour de deux défis : l’augmentation de la quantité et de la qualité de l’encadrement pédagogique en prenant appui sur les organismes de formation existants et en insistant sur la nécessité de créer des synergies à l’échelon des territoires pour garantir un accompagnement pédagogique nécessaire et suffisant ainsi qu’une qualité didactique de cet enseignement particulier qui doit être équitablement assuré sur l’ensemble du territoire.

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    Yannick VANPOULLE, vice-président « professionnalisation » de la conférence des directeurs et doyens de STAPS et dans ce cadre, responsable national de la coordination des fiches RNCP STAPS.
    Résumé
    Au regard du nombre d’enfants et d’adolescents ne sachant pas nager, du nombre d’accident en augmentation croissante, du manque de cadres, des besoins en compétences pédagogiques et didactiques spécifiques, les formations en STAPS, grâce à la mise en place coordonnées de ses différents diplômes en blocs de compétences, peuvent être en mesure de proposer des pistes de solutions. Ces dernières supposent la mise en œuvre de formation adaptées pour que l’ensemble des acteurs puissent développer des compétences d’enseignement et d’apprentissage, mais également des compétences de sécurité et de sauvetage, le tout complété par des compétences de chef de projet et de management. La C3D propose ainsi de définir les compétences d’un bloc de compétence « sécurité et sauvetage en milieu aquatique », d’un bloc « conduite de projet et enseignement des activités aquatiques pour tous les âges et dans ce dernier d’un module spécialisé aisance aquatique pour les 4-6 ans. Elle propose que ces blocs et modules puissent être proposés dans différentes formations afin d’élargir l’offre et de former différents profils de professionnels. La mise en œuvre d’un tel projet, ne peut que reposer sur une instance pérenne de concertation. Elle suppose la mise en place d’une charte qualité et nécessite de lever les freins institutionnels, réglementaires et matériels à la reconnaissance et à la mise en œuvre de ces blocs et modules.
  • Consulter la contribution de Yannick VANPOULLE
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    Patricia FONTANILLAS, travaille au Bureau des métiers, des diplômes et de la réglementation au ministère des Sports.
    Résumé
    Le constat partagé d’une diminution des ressources humaines pour encadrer l’aisance aquatique oblige à une responsabilisation collective. Le travail coopératif et collaboratif est une des clés de réussite du projet d’encadrement en aisance aquatique. Il s’agit de travailler sur une vision stratégique partagée pour d’une part améliorer la gestion des ressources et compétences existantes et d’autre part permettre d’accroître le vivier existant des encadrants. Les préconisations proposées sont centrées sur la notion de « compétence à l’encadrement ». Elles doivent également pouvoir s’inscrire dans le triptyque proposé par Guy LEBOTERF du : « Savoir agir ; vouloir agir ; pouvoir agir » afin d’éviter de générer des réponses à court terme, sans perspectives d’amélioration sur le moyen et long terme. Pour améliorer la gestion des ressources humaines compétentes pour encadrer l’aisance aquatique, il semble essentiel de travailler sur un référentiel commun de connaissances et de capacités qui soit partagé. Ce point est important pour prévoir un accompagnement des acteurs qui soit cohérent et adapté aux diverses situations et niveaux d’interventions souhaités et souhaitables. Par exemple : Créations de modules complémentaires (CC ; UE…) ; de temps dédiés à l’aisance aquatique lors de formations identifiées (CAEP-MNS) ; de nouvelles certifications sur des périmètres identifiés. Sur la base de ce référentiel commun et afin d’accroître le vivier des encadrants potentiels, il serait souhaitable de prendre toutes les mesures afin de faciliter les parcours de formation ; de permettre des co-interventions, des bi voire pluri qualifications. Pour conclure, il conviendra de rappeler que la reconnaissance et la valorisation des compétences acquises dans cet environnement particulier font actuellement défaut. L’importance et les enjeux de société en lien avec le sujet de l’aisance aquatique méritent que des solutions soient trouvées pour assurer une amélioration pérenne de la situation.

Sébastien BORREL, chef du bureau de la Sécurité des publics et des pratiquants au ministère des Sports.


THÈME 6 : CONSTRUCTION DE L’AISANCE AQUATIQUE

Quels sont les repères possibles sur les plans didactique, pédagogique ou institutionnel concernant la construction par l’enfant de son aisance aquatique ?
Serge DURALI, formateur BEESAN, brevet d’État d’éducateur sportif 1er degré des activités de la natation. Professeur agrégé à l’UFR-STAPS de l’Université Paris 13.
Laurent FOUCHARD, formateur BEESAN, brevet d’État d’éducateur sportif 1er degré des activités de la natation. - Professeur agrégé d’EPS à l’IUFM de Créteil-Paris 12 et au collège Jean Moulin, Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis).
Claire PONTAIS, professeure d’EPS

David THIMEUR, formateur et coordonnateur de formations. Il est responsable des formations aquatiques pour le Campus Sport Bretagne. Il est co-organisateur des colloques internationaux de natation de Dinard qui associent enseignement de la natation et formation des formateurs en natation et aisance aquatique. Il a également conduit la classe bleue expérimentale qui s’est déroulée à Paris en 2019.
Résumé
L’analyse des travaux de recherche menés à Dinard depuis plusieurs décennies nous permet de caractériser ainsi l’objectif de l’enseignement de l’aisance aquatique : il s’agit pour l’individu de résoudre le problème psychologique lié au remplissage, à l’engloutissement et à l’équilibre dans l’eau mais aussi de découvrir par l’expérience que son corps est flottant. Cette mise en œuvre requiert de placer l’enfant au centre du dispositif par ce qu’il doit impérativement être en action pour se construire une capacité à agir librement dans le milieu aquatique. Cela nécessite que l’enseignant ait une idée très claire de la didactique qui éclaire ses choix tant pour lire le niveau des apprenants que pour organiser la suite des tâches. Il est donc primordial de dépasser les idéologies afin de déterminer les obstacles qui se dressent sur le chemin du terrien que l’on place dans l’eau, puis d’identifier les étapes qui permettront de surmonter ces obstacles grâce à la mise en place de situations-problèmes, la plupart du temps dans la grande profondeur. C’est grâce à la construction de ce modèle théorique sans cesse en évolution que l’enseignant deviendra performant. La mise en œuvre de cette didactique est fondée sur la nécessité de bien caractériser les ressources des enfants de 4 à 6 ans ainsi que les contraintes du milieu, qui engendre la peur, soit une incertitude posturale engendrée par une carence d’informations sensitivo-sensorielle et qui ne peut être résolue que par la construction d’une représentation suffisante de son espace d’action pour pouvoir y agir. Enfin il est impératif d’insister sur la nécessaire structuration de la formation initiale et continue des professionnels du monde aquatique.

Xavier RANCHON, Directeur Technique National de la Fédération Française des Maîtres-Nageurs Sauveteurs.
Résumé
Quels sont les repères possibles au plan didactique, pédagogique ou institutionnel concernant la construction par l’enfant de son aisance aquatique ? Nous abordons ici la question des procédés didactiques et pédagogiques mobilisables pour organiser la construction par un enfant de l’aisance aquatique. Nul n’ignore l’ampleur des débats pédagogiques sur ces questions depuis les années 60. Cette conférence n’est pas là pour trancher une question qui est souvent menée avec des finalités de reconnaissance de métier ou de prérogatives. Il s’agit autant que faire se peut d’examiner si des consensus existent de ce côté ?

François POTDEVIN, maitre de Conférences habilité à diriger des recherches à la Faculté des Sciences du Sport et de l’Éducation Physique de l’Université Lille. Agrégé d’EPS, il mène actuellement des recherches liées à l’éducation aquatique ainsi qu’aux stratégies développées pour gérer sa santé chez les pratiquants autonomes. Il publie des articles scientifiques et pédagogiques dans des revues internationales et nationales dans le domaine des sciences du sport.
Résumé
La construction de l’aisance aquatique dépend totalement de la définition que l’on donne à celle-ci. En France, elle représente généralement un état de première adaptation au milieu aquatique considéré comme véritable étape d’une réorganisation perceptivo-motrice engendrant un confort affectif. Les principes pédagogiques pour l’acquérir sont souvent défendus par les auteurs à partir de croyances ou de recours théoriques relatifs à la psychologie de l’enfant des années 60. Les progressions proposées sont relativement consensuelles : de l’immersion à la perte des appuis plantaires, vers une flottaison statique puis dynamique, point de départ de découverte de solutions propulsives. L’aisance chez les petits représente alors davantage une étape obligatoire pour des apprentissages futurs. A l’international, l’approche est différente car elle vise majoritairement à développer des capacités d’adaptation pour se sortir de situations périlleuses : chute, surplace, sortir de l’eau, et déplacement. Des attitudes et des connaissances sont transmises dès l’âge de 4 ans. Il n’existe pas de consensus sur les pédagogies à mettre en place. Véritable pratique d’enseignement, les stratégies d’enseignement d’un savoir nager sont le fruit de croyances, convictions, partages d’expériences et enrichissement d’études scientifiques. Construire l’aisance aquatique, nécessite parfois de déconstruire ses propres certitudes pour faire progresser sa propre pratique.

Robert STALLMAN, professeur émérite de la Norwegian School of Sport Sciences (Norvège)